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Manifestation

Décès d’Abdelkader au Mas de Mingue. On en parle…

Lundi 25 janvier à 19h30, Abdelkader a été tué par balles au quartier du Mas de Mingue, alors qu’il avait seulement 17 ans. Ce drame fait suite à une série de cas similaires qui ont eu lieu dans différents quartiers nîmois.

Une marche blanche très calme en hommage à Abdelkader a rassemblé plus de 500 personnes vêtues de blanc, silencieuse de tristesse et d’hommages pieux au jeune homme apprécié de tous. Une histoire, peut-être celle de trop, de la vie des habitants du Mas de Mingue et des participants à nos ateliers, avec lesquels nous avons discuté lors de nos séances, à l’association Quartier Libre, pour rédiger cet article.

Certaines d’entre elles n’ont su la nouvelle que le lendemain, quand d’autres ont entendu des tirs de chez elles, et ont vu, retranchées derrière leurs volets, les policiers arriver en nombre. Les femmes parlent d’un ras-le-bol général de cette atmosphère de peur et des morts, de l’insécurité qui en résultent. Si l’une avoue avoir peur et mal dormir depuis le décès d’Abdelkader, une autre crie haut et fort : « Moi je n’ai pas peur ! Si tu ne parles pas tu n’as pas peur, si tu parles…». Une ambiance qui fait fuir même le Croc’O Pattes qui amenait les enfants à l’école et qui démarre maintenant à Jean Paulhan, pour ne plus passer dans le secteur des « jeunes d’en bas » comme on les appelle maintenant. Des mamans de jeunes enfants ou d’enfants amis d’Abdelkader et grands-mères estiment que sortir devient dangereux, que même si elles aiment bien leur quartier qu’elles trouvent très pratique, elles sont aussi pessimistes pour certains jeunes qui tournent mal. Elles en voient notamment laissés à eux-mêmes et errant dans les rues malgré des heures tardives, d’autres qui dealent et sont carrément prévenus par les parents quand la police rôde, ou encore des cas de parents bien présents et au courant, mais qui font face à des enfants qui parfois dès 10ans, garçons et même filles n’écoutent pas et sont aveuglés par le manque de travail et/ou d’activités autant que par l’argent facile de la drogue.

Le chômage est selon l’une de nos participantes le point clé du problème, elle qui a durant des années cherché du travail par Pôle Emploi sans jamais en trouver, et qui soulève un autre pan du problème : « Les jeunes quand ils travaillent ne gagnent pas beaucoup, et d’autres quand ils ne travaillent pas gagnent beaucoup, hein ! », à une époque où vivre coûte cher.

Les habitants sont tous meurtris par ce drame. Des mères racontent que leurs enfants sont terrorisés, ne veulent plus sortir dehors, refusent de dormir seuls dorénavant. Quand on ajoute à cela les conditions sanitaires que nous traversons, on ne peut que constater qu’un regain de violence se fait sentir, notamment dans les établissements scolaires.

Alors c’est aussi la colère qui a été soulevée :

Mardi 26 janvier au sein de nos locaux du Mas de Mingue, se sont réunis associations et habitants qui attendaient une discussion sur les problèmes dans le quartier, et surtout, des solutions ou tout au moins, des pistes de solutions afin d’envisager l’avenir plus sereinement. Ces réponses n’ont pas été apportées. A noter que certains habitants ont trouvé que les pouvoirs publics se moquaient d’eux en se contentant de dépêcher sur place une aide psychologique et des représentants de la ville et de la Préfecture qui n’avaient aucune solution à apporter. Un trop plein pour les résidents que relève une femme : « Le gamin est mort ! Ce n’est pas en faisant intervenir une aide psychologique que ça va le faire revenir : il faut réfléchir aux solutions pour après ! » Les associations aussi ont eu l’impression qu’on leur reprochait presque de ne pas en faire assez, et lorsqu’elles soulevaient les problèmes de moyens qui ne suivaient pas pour mener à bien leurs actions, il leur a été répondu que ; compte-tenu du fait que le quartier avait disposé de fonds liés à la restructuration du quartier, qui avait notamment permis la construction d’un nouveau pôle éducatif, l’ensemble des gens devraient pouvoir s’en contenter…

Dans l’attente de trouver des solutions pérennes, le « Pôle Culturel Jean d’Ormesson » et l’association « La Pléiade » proposeront des stages et activités pour les moins de 15 ans, tandis que « Sourire à tous » s’est proposé d’organiser des tournois de ping-pong ou encore de consoles vidéo, ajoutons à cela un nouveau créneau d’ouverture pour le stade : de 16h30 à 17h45.

Tout le monde sera d’accord pour dire que ça ne suffira pas pour que plus jamais ne se reproduise cette horreur.

La Marche des Solidarités

Ce mardi matin, 22 septembre 2020, aux alentours de 11h, la Marche des Solidarités, mouvement initié par quinze collectifs de sans-papiers et cent-vingt organisations, a défilé aux abords du quartier du Mas de Mingue à Nîmes.

Un passage réunissant une quarantaine de personnes, autant de sans-papiers que de personnes issues d’associations de Montpellier et Nîmes, partis du Centre de Rétention Administrative où une manifestation s’est déroulée aux sons des djembés et des slogans, pour ensuite prendre le chemin d’Avignon afin de retrouver les marcheurs venus de Marseille.


Le but ? Une marche d’un mois, rejointe au fil de la route par des collectifs venus de la France entière, Lyon, Grenoble, Strasbourg, Lille, Rennes, le Havre, qui s’achèvera à Paris le 17 octobre prochain, date de commémoration du massacre de manifestants Algériens en 1961, pour une grande manifestation sur les Champs-Elysées. Un dernier rendez-vous qui clamera devant le palais présidentiel, comme durant toute la longue marche, la nécessité de régulariser les sans-papiers présents depuis des années sur le territoire français, dont beaucoup travaillent et payent des impôts sans aucun droit en retour, mais aussi la fermeture des centres de rétention administrative, et l’arrêt des démantèlements de squats et lieux d’hébergements sans solution de relogements.

L’association Quartier Libre est solidaire de ce mouvement. En effet, notre mission d’accompagnement de personnes dans l’apprentissage de la langue français nous amène aussi à rencontrer de nombreuses personnes ayant des problèmes d’accès à leurs droits les plus élémentaires. Un froid constat de situations d’extrême précarité, tant physique que psychologique, que nous, acteurs sociaux, avons chaque année de plus en plus de mal à gérer face à des politiques de plus en plus restrictives et de moins en moins solidaires.